FRANCE-SOIR. Expliquez-nous la genèse du projet de ce livre !
JEAN-MARIE PERIER. Ce sont les éditions du Chêne qui m’ont proposé de faire une rétrospective de tout ce que j’avais fait depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui. C’était très intéressant pour moi car c’est la première fois que je vois tout, d’un coup. Je m’aperçois qu’il y a une certaine cohérence finalement, moi qui ne me suis jamais vraiment pris au sérieux. J’ai déjà fait des ouvrages chanteur par chanteur, mais là, on raconte les années de 1960 à 1973, dans la chronologie.
Ce sont de grandes stars de la chanson...
Oui, mais ma chance c’est que je les ai rencontrés au début. Ils étaient tous inconnus, ils démarraient. On avait le même âge, j’en avais 22, eux 17. Quand je rencontre les Beatles, ils n’ont fait qu’un seul disque et les Rolling Stones n’ont même pas encore enregistré d’album. En plus, on faisait Salut les copains (SLC) qui était un journal unique en Europe, donc eux voulaient y apparaître. J’étais pote avec eux tous, c’étaient des rapports qui n’ont plus cours aujourd’hui. Il y avait une liberté, une naïveté, une insouciance que j’ai gardée et qu’on me reproche.
Comment avez-vous fait pour garder cette insouciance ?
J’ai eu la chance de faire ce métier dans des conditions uniques. Aucun photographe au monde n’a eu autant de liberté, sans limite de moyens. Peut-être aujourd’hui la seule c’est Annie Leibovitz. Daniel Filipacchi (directeur de SLC) ne m’a rien dit en deux ans de travail. Je les emmenais en voyage, je construisais des décors. Vous avez arrêté pendant dix ans pour faire du cinéma et êtes allé vivre aux Etats-Unis. Ma sœur Anne-Marie, qui dirigeait le magazine Elle, m’a appelé en me disant : « Puisque tu t’ennuies avec les films publicitaires, reviens à Paris, j’ai un journal.» Ma chance a été de travailler pour Elle pendant dix ans avec Anne-Marie qui connaissait la façon de faire de l’époque. C’est une chance unique que j’ai eue grâce à Anne-Marie de travailler dans la couture, car moi j’étais plus rock.
Parmi toutes ces photos, y en a-t-il une que vous préférez ?
Il y a des photos qui me touchent, d’autres qui me font marrer. Il y en a aussi qui représentent des moments précis, la photo de Françoise (Hardy), Johnny (Hallyday) et Sylvie (Vartan) sur le toit d’Europe 1 en 1963, c’est un moment très fort. Sylvie et Johnny viennent de se rencontrer et je suis avec Françoise depuis quinze jours. Mais il y a aussi les photos de Mick Jagger en tournée car j’ai vécu des choses incroyables avec ce type pendant douze ans.
Jean-Marie Périer, éd. Chêne, 512 p., 49,90 euros
